Le Sacré de Birmanie en Afrique du Sud

Les habitués du site ne seront pas surpris d'apprendre qu'une fois encore, les lignées du monde anglophone - dont l'Afrique du Sud se trouve être une partie - sont passées par là.

Avec une petite nuance : cette fois, ce n'est pas avec des Birmans britanniques que commence l'histoire... Enfin, presque. Nous sommes au tout début des années 70 lorsque les premiers Birmans arrivent sur le sol sud-africain depuis les États-Unis, moins de dix ans après la création des premières vraies chatteries américaines. La proximité génétique avec les lignées britanniques reste donc importante et ne sera pas démentie par les importations qui suivirent. 

Les Birmans sud-africains sont principalement connus par le biais de quelques chats exportés ayant eu une descendance plus ou moins importante en Europe au cours de la seconde moitié des années 90.

Il nous faut citer l'élevage Kyat créé en 1993 - peut-être l'affixe sud-africain le plus connu, avec notamment des exports vers l'Allemagne et l'Italie. Hilde van der Westhuizen a cependant quitté le pays pour les États-Unis, où son activité perdure sous l'affixe Kyatwo depuis le début des années 2000. Timshay Pluto, un mâle sud-africain blue point issus de chats Kyat et ayant appartenu à l'élevage italien Kindmount's, peut être principalement remarqué au sein de lignées transalpines, mais aussi françaises, suédoises et allemandes suite à la diffusion des lignées en question.

Dans l'ensemble, les éleveurs européens s'intéressent très peu aux Sacrés de Birmanie d'Afrique du Sud.

Timshay Pluto

Mrs Cruywagen de Johannesburg, chatterie Primgradia, fut la première à importer des Sacrés de Birmanie en 1970-71 : Tai Ming’s Sean et Griswold’s Sirena, deux américains, confiés par Mrs Griswold de l'élevage du même nom. Ces chats furent ensuite revendus à la chatterie Collgheen, avec au moins une portée à leur actif sous ce nom.

Au même moment, Louise Denby de Tai Pan Cattery s'intéressait de près aux Birmans anglais.  Elle eut Praha Miklue, un mâle né chez Elsie Fisher, mais ne réussit finalement pas à obtenir d'elle la petite femelle nommée Mi Wa qui lui était destinée, Mrs Fisher ayant décidé de la garder. Mi Wa fut plusieurs fois mère chez son éleveuse de naissance avant de finir sa carrière de reproduction aux USA. Louise Denby dut se résoudre à stériliser Miklue à l'âge de treize mois - mais non sans d'abord débuter un parcours en exposition.

C'était sans compter sur l'intervention de Mrs Elisabeth Brown de la chatterie anglaise SmokeyHill qui lui envoya un mâle seal du nom de Chin Ho​, né en 1973. Pawpeds référence seulement 6 de ses enfants - il faut dire que la base de données est plutôt pauvre en chats sud-africains - alors que, selon Vivienne Smith, il aurait produit près de 88 chatons.

Grâce à Mrs Healey, affixe Sibir, Chin Ho ne resta pas sans femelle : la même année, Mrs Denby fait arriver Sibir Little Fantasy. Leurs deux premiers chatons, Chee Kok et Moy Lin, bien que rapidement stérilisés, purent fréquenter le monde des expositions.

Sans surprise, la lignée se croisa rapidement avec celle des deux Griswold.

Boltwood Temple Maiden, une femelle seal point, rejoignit les Birmans de Tai Pan en 1975, avec des apparitions en exposition remarquées. Tai Pan Tawa Tinki, leur fille née en 1977, devint à neuf ans le premier Birman local à accéder au titre de Supreme Champion, après une unique portée.

Louise Denby stérilisa l'ensemble de son cheptel en 1981. Elle ne coupa pas les ponts avec le monde du Birman - loin de là,  puisque qu'elle a été présidente du Sacred Birman Fanciers Group of South Africa (SBFSA), un club de race fondé en 1997 !

Tai Pan Tawa Tinki

D'autres éleveurs se chargèrent d'apporter des imports supplémentaires, dont Mrs Holmes de Johannesburg (Kundalila) avec un couple de britanniques - réputés pour avoir un gantage un peu trop court - de chez Mrs John en 1974 :  Hephzibah Zulaah, femelle seal point,  et Hephzibah Joringel, mâle blue point. 

Patrioona Plato, un fils de Patrioona Faust, entra en possession de Mrs Garland, qui finit par le stériliser avant de l'avoir fait reproduire.

L'élevage Lao Sinh de Nora Anderson bénéficia de l'arrivée de Vallon Tudor Prince, alias "Baby Bear", lui aussi titré en exposition.

Alec Coutts, de Monarch Birmans, importe deux femelles avec l'aide de Lyle Thackray, un passionné qui n'a pas eu la possibilité de monter son propre élevage mais a assisté quelques éleveurs. Seule Singlese Caterlena, la femelle seal put reproduire, mariée à Vallon Tudor Prince.

Dans les années 90, Mrs Anderson était toujours réputée pour ses imports.

Parmis d'autres affixes plus ou moins connus localement des années 80 aux années 2000, nous pouvons citer Turiska, Timshay, Saratoga, Khmer ou encore Hopewell. Les chatteries Hopewell (années 90) et Khmer (années 2000) avaient notamment des reproducteurs canadiens et australiens. Quant aux Kyats, leurs origines se trouvent en Suisse (Von Achor), Royaume-Uni, USA, Allemagne et Australie.

Reste que la stagnation  de la diversité génétique suscitait l'inquiétude des éleveurs, ce qui ne s'apaisa qu' à partir de 1994 avec l'arrivée des premiers imports tabby. Les "nouvelles" couleurs furent perçues comme une opportunité d'injecter du sang neuf.

Un engouement qui se confirma en 1996 avec l'arrivée des premiers imports lilac point. Cette année-là, en tout, sept nouvelles lignées arrivèrent d'Allemagne, des USA, du Royaume-Uni et d'Australie.

Les imports se poursuivent en 1997 avec 4 Birmans canadiens, et, enfin, les premiers sujets tortie point.

La chatterie Kyat eut également en sa possession des chats silver et smoke, issus des souches néo-zélandaises d'Arodelle. Quelques chats européens argents ou issus de lignées d'argent en descendent. Mais en particulier pour des "Kyat" exportés en Allemagne, la présence du gène argent peut être fortement remise en question étant donné l'aspect visuel de leur couleur.

Le développement de la race s'avère lent et compliqué par la dispersion géographique des chats à travers un pays d'une superficie importante : dans les années 90 encore, on devait parfois se résoudre à faire transiter les chats par avion pour des saillies. C'est grâce à ce noyau dur d'éleveurs favorables à de nouveaux imports que la race parvint à mieux s'implanter, et aussi grâce au SBFSA qui leur a permis de se rassembler.

Depuis, le degré de développement du Sacré de Birmanie, de même que sa diversité génétique, sont tout de même restés en-deçà des espoirs des éleveurs  de la fin des années 1990 en dépit de sa popularité. Les éleveurs historiques, y compris les membres fondateurs du club, ont pour la plupart cessé leur activité, relayés par de nouveaux venus qui, quarante ans après l'arrivée des premiers sujets dans le pays, doivent encore régulièrement se tourner vers l'étranger pour acheter de nouveaux reproducteurs.

Paloma C.

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