Pigmentation, dépigmentation

Dépigmentation de la fourrure, de la truffe ou forte pigmentation : quelles causes, quel impact ?

 Deux chats de la même couleur de base n'ont pas forcément la même teinte, et ils ne sont pas non plus pigmentés tout à fait  même degré. L'âge est le facteur le plus évident. Rappelons que le chat colorpoint nait toujours blanc, puis se pigmente au fil des semaines. Dès la première quinzaine, la couleur progresse sur les oreilles, sur la queue, sur les membres à partir des pieds, un masque s'étend en partant du nez.

 Au moment où la couleur s'installe entre les yeux, une petite flamme blanchâtre peut y être remarquée, notamment chez le seal point. Cette flamme est vouée à disparaître - il ne s'agit que d'une coquetterie d'ordre mécanique, et non d'une véritable tache blanche.

Flamme blanche fantôme chez un chaton seal point

 Tandis que les mois passent, des ombres se développent sur le corps. Certains chatons peuvent paraître déjà foncés entre un et deux mois, avant de s'éclaircir, puis de reprendre des ombres  au fil de leur croissance. Pour l'ensemble des couleurs de base, ces ombres sont courantes à l'âge adulte sur les cuisses, sur le ventre, entre les omoplates, entre les oreilles et, plus particulièrement pour les mâles entiers, en périphérie du masque.

 On considère que la pigmentation arrive à maturité aux alentours de trois ans. Quant aux chats âgés, la pigmentation peut parfois ralentir et finir par diminuer, causant par exemple l'apparition de poils blanchâtres épars dans le masque. Un bon contraste entre les points et le corps est souhaité. En plus de la teinte, la pigmentation est une autre composante de la qualité de couleur d'un chat.

 Outre l'âge, d'autres facteurs peuvent venir altérer le processus de pigmentation. Les dépigmentations du masque, de la queue ou de la truffe en sont les effets les plus connus. C'est ce qui nous intéresse plus précisément ici.  Les causes sont multiples : certaines, d'ordre mécanique, sont banales, d'autres risquent de justifier le retrait d'un sujet du circuit de reproduction, ou de relever d'un incident de santé.

- Facteurs hormonaux

 Il faut d'abord savoir que l'état hormonal d'un chat entre en jeu dans le processus, puisque les hormones stimulent la pigmentation : les chats entiers sont donc plus susceptibles de montrer certaines spécificités.

 Ceci concerne plus particulièrement les mâles, qui seront plus enclins à montrer de fortes ombres diminuant leur contraste de robe une fois arrivés à maturité. Outre les ombres corporelles, ils peuvent également avoir une "cagoule" : leur masque est plus étendu, débordant plus volontiers au-delà des joues, et sur la zone censée marquer la démarcation entre  ledit masque et la base des oreilles. Les seal et les blue y seront plus sensibles que d'autres couleurs de base.

 Ces caractéristiques ne devraient pas susciter d'inquiétude pour la reproduction, à moins qu'un éleveur ne cherche spécifiquement à améliorer le contraste de robes de ses chats et qu'il estime que le "défaut" est trop important dans une même lignée.

Après la castration, le retour à un meilleur contraste est courant.

Magic Boy van de Simona's, seal point - Marianne Mérat

 Les femelles reproductrices ne sont pas sujettes aux cagoules, malgré une plus grande tendance aux ombres corporelles que les femelles stérilisées. Inversement, on remarque chez certaines femelles gestantes ou allaitantes un "masque de grossesse" : leur masque se dépigmente partiellement. 

Filaë des Hortensias, chocolat point, avant sa gestation puis pendant l'allaitement - Trésors Sacrés

 

- Facteurs thermiques

 Les températures saisonnières apporteront éventuellement leur lot de changements. Les fortes températures estivales sont propices aux dépigmentations, tandis que l'hiver favorise  une pigmentation plus soutenue. Ce phénomène s'explique par la nature thermosensible du processus de pigmentation du colorpoint : il ne peut se faire à température corporelle moyenne, d'où la concentration de la pigmentation aux extrémités du corps. Une forte température ambiante contribue à une perte de pigmentation, tandis que des températures basses stimuleront la réapparition de la couleur.

 Les chocolat et lilac, du fait d'une moindre concentration en eumélanine dans le poil, sont plus sensibles aux dépigmentations estivales que des couleurs comme le seal ou le blue.

Heowyn du Bout de Bonheur, chocolat point - Hiver, puis été

 On tient aussi là l'explication de la repousse de poils plus foncés chez un chat colorpoint rasé, la peau ayant été exposée au froid. La teinte reviendra progressivement à la normale, aidée par les mues.

Only You après un rasage au niveau des flancs - Laurence Cassagne-Leroy

- Facteurs sanitaires

 La truffe est plus facilement touchée par cette catégorie de causes que par les précédentes. Là encore, les particularités du colorpoint expliquent qu'il y soit plus sujet que les chats unis. C'est aussi celle qui, peut-être, suscite le plus la confusion, car l'incident de santé - souvent mineur - sous-jacent n'est pas forcément évident. Un "coup de stress" ou une carence comptent parmi les causes que pourra proposer un vétérinaire.

 Les dépigmentations du masque les moins complexes ressemblent à celles provoquées par des températures élevées. Les plus spectaculaires se produisent durant une convalescence et/ou l'administration d'un traitement, ou après une blessure :  le masque peut présenter des marques blanches ou tout un segment blanchi. Ils ne doivent pas être confondus avec une goutte de lait ou une vraie flamme blanche permanente, qui sont de simples "non pigmentations" de naissance, définitives et d'origine génétique.

 

 

Velours pendant et après une dépigmentation - Birmania and Co

 

 

 

 

 

 Si une dépigmentation  survient sans qu'un incident de santé ne puisse être clairement pointé du doigt, une origine génétique est envisageable, notamment lorsqu'il s'agit de la truffe.

- Phénomènes d'origine supposément génétique

 Voilà qui est plus délicat pour un chat destiné à la reproduction. La génétique peut expliquer que certains chats soient plus sensibles aux facteurs susnommés, sans pour autant que cela ne remette en cause leur potentiel de reproduction. On peut cependant inclure dans cette catégorie des manques de pigmentation sans lien avec les causes précédemment citées, bien qu'il n'est pas exclu que l'âge permette une amélioration.

 Le cas le plus courant est celui de chats présentant une queue plus faiblement pigmentée, ou plus longue à se pigmenter, alors que les autres points sont normalement colorés, et que d'autres chats du même âge ont une pigmentation déjà homogène. On l'observe chez certains chocolat, mais aussi sur les couleurs les plus foncées comme le seal. La queue parait d'une teinte de la couleur de base plus fade, ou blonde. La piste d'une origine génétique est soutenue par la tendance qu'a ce défaut à se répéter au sein d'une même lignée. Il n'existe pas de franc consensus sur le sujet : certains éleveurs considéreront une queue moins pigmentée comme rédhibitoire pour la reproduction, en particulier chez un adulte, d'autres passeront l'éponge en cas d'amélioration, ou ne s'en inquiéteront pas outre mesure. La décision est bien sûr à prendre en fonction du potentiel global du chat concerné, des objectifs et exigences personnels de l'éleveur. En exposition, un juge pourra pointer du doigt cette caractéristique et vous poser des questions dans le but d'en déterminer l'origine potentielle, pour enfin ajuster son jugement en conséquence.

Esmée des Oursons Sacrés, seal point à 9 mois - Mélanie Coupry

 

 Les décolorations de la truffe sont désignées de façon quasi-unanime comme impropres à la reproduction. La vigilance des juges leur fait parfois défaut - toujours est-il qu'une truffe devenue rose est censée être éliminatoire en exposition.

Il n'est pas forcément aisé de trancher entre origine sanitaire et origine génétique, si ce n'est que le problème est plus facilement temporaire dans le premier cas. Mais là encore, la répétition du défaut dans une même lignée montre qu'il existe bien une prédisposition génétique, indépendamment d'un souci de santé.

 Elles se présentent de trois façons : une dépigmentation totale du cuir qui se décolore progressivement à partir de son centre jusqu'au bord, une dépigmentation progressive mais dont le rendu final est celui d'un nez tacheté plutôt qu'entièrement rose, une décoloration du philtrum ("bas du nez"). Conjointement, des cas de dépigmentation des lèvres sont connus.

  Pas d'inquiétude : les truffes des chattes tortie sont naturellement roses, tachetées, ou de la couleur de base, tandis que les tabby ont la truffe rose à brique cerclée de la couleur de base. Il s'agit de caractéristiques normales pour ces couleurs, et non de défauts - attention cependant au maquillage de la truffe des tabby qui, s'il venait à disparaître, pourrait bien signaler une décoloration. Une goutte de lait située près de la truffe peut également déborder sur le cuir, qui sera taché de rose.

Dépigmentation du philtrum chez un chocolat point - Dépigmentation de la truffe chez une blue point

Comme quoi, même les sujets les plus simples ne sont pas imperméables à la vigilance. 

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Damon du Renard Des Neiges en convalescence - Cathy Bonan

Louis après une morsure - Jenny Edwards