Pigmentation, dépigmentation

Dépigmentation de la fourrure, de la truffe ou forte pigmentation : quelles causes, quel impact ?

Deux chats de la même couleur de base n'ont pas forcément la même teinte, et ils ne sont pas non plus pigmentés pareil !

L'âge est le facteur le plus évident. Rappelons que le chat colorpoint nait toujours "blanc", puis se pigmente au cours des semaines. Dès les premières semaines, la couleur progresse sur les oreilles, sur la queue, sur les membres à partir des pieds, un masque s'étend en partant du nez. Au moment où la couleur s'installe entre les yeux, une petite flamme blanchâtre peut y être remarquée, notamment chez le seal point, avant  de disparaître - si toutefois le chat n'a pas une véritable marque blanche à cet endroit !

Flamme blanche fantôme chez un chaton seal point

Au fil des mois, des ombres se développent sur le corps. Certains chatons peuvent paraître déjà foncés entre un et deux mois, avant de s'éclaircir, puis de reprendre des ombres de façon plus classique au fil de leur croissance.

Pour l'ensemble des couleurs de base, ces ombres sont courantes à l'âge adulte sur les cuisses, sur le ventre, entre les omoplates, entre les oreilles et, plus particulièrement pour les mâles de reproduction, en périphérie du masque.

Quant aux chats âgés, la pigmentation peut parfois ralentir et diminuer, avec par exemple des poils blanchâtres épars dans le masque. On considère que la pigmentation est à maturité aux alentours de trois ans. Un bon contraste entre les points et le corps est souhaité. En plus de la teinte, la pigmentation est une autre composante de la qualité de couleur d'un chat.

Mais en plus de l'âge, d'autres éléments peuvent influencer le processus de pigmentation. Les dépigmentations du masque, de la queue ou de la truffe en sont les effets les plus connus. C'est ce qui nous intéresse plus précisément ici.

Ces causes sont multiples : certaines, d'ordre mécanique, sont normales, d'autres risquent de justifier le retrait d'un sujet du circuit de reproduction ou de relever d'un incident de santé.

- Facteurs hormonaux

Il faut d'abord savoir que l'état hormonal d'un chat entre en jeu dans son degré de pigmentation, puisque les hormones peuvent stimuler la pigmentation : les chats entiers sont donc plus susceptibles de montrer certaines spécificités.

Ceci concerne plus particulièrement les mâles, qui seront plus susceptibles de montrer de fortes ombres diminuant leur contraste de robe une fois arrivés à maturité. Outre ces ombres sur le corps, ils peuvent également avoir une "cagoule" : leur masque est plus étendu, débordant plus volontiers au-delà des joues, et sur la zone censée marquer la démarcation entre  ledit masque et la base des oreilles. Les seal et les blue y seront plus sensibles que d'autres couleurs de base.

Ces caractéristiques ne devraient pas susciter d'inquiétude pour la reproduction, à moins qu'un éleveur ne cherche spécifiquement à améliorer le contraste de robes de ses chats et qu'il estime que le "défaut" est trop important dans une même lignée.

Après la castration, le retour à un meilleur contraste est courant.

Magic Boy van de Simona's, seal point - Marianne Mérat

Les femelles entières ne sont pas sujettes aux cagoules, malgré une plus grande tendance aux ombres corporelles que les femelles stérilisées. Inversement, on remarque chez certaines femelles gestantes ou allaitantes un "masque de grossesse" : leur masque se dépigmente partiellement, ce qui là encore n'est pas inquiétant. 

Filaë des Hortensias, chocolat point, avant sa gestation puis pendant l'allaitement - Trésors Sacrés

- Facteurs thermiques

Chez les chats entiers comme chez les chats stérilisés,  les températures saisonnières sont un autre facteur de variations normales. Les fortes températures estivales sont propices aux dépigmentations, tandis que l'hiver signe une pigmentation plus soutenue. Le phénomène se remarque de façon plus ou moins intense d'un chat à l'autre et s'explique par la nature thermosensible du processus de pigmentation du colorpoint : il ne peut se faire à température corporelle moyenne, d'où la concentration de la pigmentation sur les extrémités du corps. Une forte température ambiante favorise une perte de pigmentation, tandis que des températures basses stimuleront la réapparition de la couleur.

Les chocolat et lilac, du fait d'une plus faible concentration en eumélanine,  sont plus sensibles aux dépigmentations estivales que des couleurs comme le seal ou le blue.

 

Heowyn du Bout de Bonheur, chocolat point - Hiver, puis été

On tient aussi là l'explication de la repousse de poils plus foncés chez un chat colorpoint rasé, la peau ayant été exposée au froid. La teinte reviendra progressivement à la normale, notamment après la mue.

Only You après un rasage au niveau des flancs - Laurence Cassagne-Leroy

- Facteurs sanitaires

À l'inverse des précédentes, cette catégorie de facteurs, sauf éventuelle exception, concerne principalement des cas de dépigmentations de la fourrure, mais, cette fois, également de la truffe. Là encore, les particularités du colorpoint expliquent qu'il y soit plus sujet que les chats "unis".

C'est aussi celle qui, peut-être, suscite le plus la confusion, car l'incident de santé - souvent mineur - sous-jacent n'est pas forcément évident. Un "coup de stress" ou une carence comptent parmi les causes que peut évoquer un vétérinaire. L'aspect peut de plus être semblable à celui d'une dépigmentation saisonnière, mais en plus prononcé.

Velours pendant et après une dépigmentation - Membre Birmania and Co

Les dépigmentations les plus spectaculaires se produisent durant une convalescence et/ou l'administration d'un traitement  ou après une blessure :  le masque peut présenter des traces blanches ou tout un segment blanchi. Bien sûr, tout dépend du contexte et de la sensibilité individuelle du chat, ce qui fait que le phénomène n'est évidemment pas systématique. 

Il ne faut pas non plus confondre une dépigmentation avec une "goutte de lait" ou une vraie "flamme blanche" permanente, qui sont de simples "non pigmentations" de naissance, définitives et d'origine génétique.

 

Si une dépigmentation  survient sans qu'un incident de santé ne puisse être clairement pointé du doigt, une origine génétique est envisageable, notamment lorsqu'il s'agit de la truffe.

- Phénomènes d'origine supposément génétique

Voilà qui est plus délicat pour un chat destiné à la reproduction. 

La génétique peut expliquer que certains chats soient plus sensibles aux facteurs susnommés, sans pour autant que cela ne remette en cause leur potentiel de reproduction. On peut cependant classer dans cette catégorie des manques de pigmentation non liés aux causes précédemment évoquées, même si une amélioration n'est pas impossible avec l'âge.

C'est le cas de chats présentant une queue plus faiblement pigmentée, ou plus longue à se pigmenter, alors que le reste des points est déjà plus soutenu, et que d'autres chats du même âge ont pourtant une pigmentation déjà homogène. On le remarque chez certains chocolat, mais aussi sur les couleurs les plus foncées comme le seal. La queue parait d'une teinte de la couleur de base plus fade, ou semble blonde. La piste d'une origine génétique est soutenue par la tendance qu'a ce défaut à se répéter au sein d'une même lignée. Il n'existe pas de franc consensus sur le sujet : certains éleveurs considéreront une queue moins pigmentée comme rédhibitoire pour la reproduction, en particulier chez un adulte, d'autres passeront l'éponge en cas d'amélioration ou ne s'en inquiéteront pas. La décision est bien sûr à prendre  en fonction du potentiel global du chat concerné, des objectifs et exigences de l'éleveur. Un juge pourra pointer du doigt un manque de pigmentation en exposition. 

Une couleur délavée reste peu souhaitable.

Esmée des Oursons Sacrés, seal point à 9 mois - Mélanie Coupry

 

Les dépigmentations de la truffe sont, elles, jugées plus sévèrement, et désignées de façon quasi-unanime comme impropres à la reproduction. D'autant qu'il n'est pas forcément aisé de trancher entre origine sanitaire et origine génétique, si ce n'est que le problème est plus facilement temporaire dans le premier cas. Mais là encore, la répétition du défaut dans une même lignée montre qu'il existe bien une origine génétique, indépendamment d'un souci de santé.

Ce type de dépigmentation peut se présenter de trois façons : une dépigmentation du cuir qui se décolore à partir de son centre jusqu'au bord, une dépigmentation progressive mais dont l'aspect final est celui d'un nez tacheté plutôt que rose, une dépigmentation du philtrum ("bas du nez"). Conjointement, des cas de dépigmentation des lèvres sont connus.

Les truffes des chattes tortie sont naturellement roses, tachetées, ou de la couleur de base, tandis que les tabby ont la truffe rose à brique cerclée de la couleur de base. Il s'agit de caractéristiques normales pour ces couleurs, et non de défauts. En revanche, des gouttes de lait débordant sur la truffe risquent de la rendre totalement ou partiellement rose.

Dépigmentation du philtrum chez un chocolat point - Dépigmentation de la truffe chez une blue point

Comme quoi, les couleurs sont un sujet en apparence simple, mais qui n'exclue ni la curiosité ni la vigilance...

 

Paloma C.

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