Préambule par Paloma C.

 

L'outcrossing se définit comme une ouverture de sang par introduction d'une lignée totalement différente du potentiel génétique de base, notamment par apport d'une autre race. Durant la période d'après-guerre, l'outcrossing a été l'une des mesures prises par les éleveurs de Sacré de Birmanie afin de rétablir un pool génétique viable, la population étant alors extrêmement réduite. De nos jours, la notion d'outcrossing est davantage connue auprès des éleveurs de Maine Coon, quoique sous une autre forme. Étant donné l'origine naturelle de cette race, un croisement avec une autre race n'est pas envisageable. Chez le Maine Coon, un sujet outcross est donc, grossièrement, un sujet présentant un faible lien de parenté avec les principaux fondateurs de la race, prélevé "dans la nature" dans la région d'origine du Maine Coon.

 

L'apport d'autres races est le seul moyen de pratique de l'outcrossing pour le Sacré de Birmanie. La pratique est cependant désormais peu répandue, et évidemment très controversée. Les introductions de couleurs sont techniquement des outcross, mais l'apport de sang neuf n'est, pour la plupart, pas leur but premier. 

Quelques éleveurs étrangers se sont aventurés à l'outcross "pur et dur"  ces dernières années, principalement par le biais de Persans. Leur démarche a notamment été motivée par le faible nombre de sujets de fondation, mais aussi pour certaines couleurs, par le faible nombre de sujets d'introduction.

Un exemple :  l'introduction du red et du tortie. Pour rappel, la majorité de nos Birmans roux actuels ont pour origine le programme de la chatterie Hilken, démarré en Angleterre à la fin des années 70. Ce programme se fondait sur une seule femelle introuctrice du gène O, Red Dawn, une chatte de maison mariée à un Sacré de Birmanie seal point, Chanson Dematin. Bien qu'il n'était pas nécessaire de travailler en consanguinité pour obtenir ces couleurs et que Chanson Dematin n'en n'était de toute façon pas le vecteur, ce dernier a été régulièrement marié à ses filles, cela sur plusieurs générations, ce qui contribue à la consanguinité de « fond » de ces lignées. D'autres programmes voient aujourd'hui encore leurs lignées se perpétuer, mais de façon minoritaire comparé aux chats Hilken, y compris en France. Ce point a été l'un des motifs de pratique d'un programme outcross pour quelques éleveurs.

Cette consanguinité de fond est encore augmentée par des chats qui ne sont ni fondateurs, ni introducteurs, mais dont la récurrence dans les pedigrees est restée haute par le biais d'une descendance nombreuse - cf. page "photographies anciennes" ou "étude globale des pedigrees".

 

Cependant, faute de pouvoir pratiquer l'outcrossing de façon plus générale, il est important, compte tenu de la consanguinité de fond du Birman, de ne pas l'augmenter en aval, en limitant les mariages consanguins au strict nécessaire et en privilégiant les lignées ne se trouvant pas en situation d'inflation, et qui sont donc très répandues. Afin d'éviter de reproduire cette situation d'inflation sur d'autres lignées, il est préférable d'accorder une proportion raisonnable de saillies extérieures pour les mâles et de vente de chatons destinés à reproduire.

 

Les  croisements sont très encadrés au sein des chats inscrits sur des registres généalogiques, condition impérative à l'obtention du statut de chat de race. Les croisements ne peuvent faire partie des livres d'origines s'ils ne font pas partie d'un plan d'élevage précis, dans le cadre d'un programme validé par le livre en question. Le sujet est évidemment source de divisions au sein de la communauté des éleveurs. Il semble cependant intéressant d'exposer le phénomène à titre informatif.

 

Le Governing Council of the Cat Fancy, le principal livre d'origine britannique, et homologue du LOOF français en termes de fonctions, semble favorable à ce type de programme, ou du moins a pris des dispositions facilitant les démarches impliquées par un tel programme. Le Persan est en effet reconnu par le GCCF en tant que partenaire d'outcross pour le Sacré de Birmanie.

 

Selon la « politique d'enregistrement du GCCF » (registration policy) visible sur son site officiel et en vigueur depuis fin 2008, les Persans des couleurs suivantes sont autorisés à être mariés à des Sacrés de Birmanie dans le cadre d'un programme outcross : chocolat, lilac, red, crème, black tortie, blue tortie, brown tabby, blue tabby , ainsi que leurs équivalents colorpoint. Les autres variétés ne sont pas admises.

 

Les chatons issus de ces mariages sont enregistrés en tant que « Birmans variants ». Quatre générations après le croisement, la descendance peut être enregistrée au sein du livre principal en tant que Sacré de Birmanie.

La politique d'enregistrement du GCCF a pour supplément ce qu'on appelle la « charte d'élevage » (breeding policy). Celle-ci est rédigée par le Breed Advisory Committee (BAC), que nous avions évoqué dans l'article concernant le Sacré de Birmanie en Grande-Bretagne. Pour rappel, le BAC de chaque race a pour principale fonction d'aiguiller le GCCF en termes de standard et de formation des juges. Le BAC dédié au Sacré de Birmanie est constitué de représentants issus de quatre clubs différents. En écho à la registration policy, la breeding policy mentionne l'outcrossing. En voici un extrait traduit.

 

«  Bassin génétique du Sacré de Birmanie – Extrait des pages 6 et 7 de la breeding policy du GCCF

L'ascendance du chat de race : évaluation génétique des races et des populations à reproduction non contrôlée, une étude menée par Lipinski et al. a analysé plusieurs races félines afin d'en déterminer la diversité génétique. Le Birman a une diversité génétique en-dessous de la moyenne, et un taux de consanguinité plus haut que la moyenne. L'hétérozygotie du Sacré de Birmanie est de 0,42, comparé à une moyenne toutes races confondues de 0,58. Sa diversité allélique moyenne est de 2,31, contre une moyenne de 2,74 toutes races confondues.

Le bassin génétique a été confronté a plusieurs « culs-de-sac » et l'outcrossing a à chaque fois été utilisé pour reconstruire la race. […]

Bien que le bassin génétique du Birman soit plus faible que l'idéal désirable, des mesures sont prises afin de le protéger d'une réduction due à une érosion génétique, permettant un apport de sang neuf au besoin. La race n'a pas un bassin génétique fermé et l'outcrossing est permis. Cela préservera et renforcera la santé du Birman.

[...]

 

Outcrossing – Extrait des pages 13 et 14

Tout Persan sélectionné pour un programme d'outcross devrait détenir un certificat médical émis par un individu habilité montrant que l'animal est indemne de PKD, soit après ses 10 mois, soit auparavant à l'issue de tests ADN.

Les Persans colorpoint présentent l'avantage de ne produire que des chatons colorpoint lorsque mariés à des Sacrés de Birmanie, contrairement aux chats « entièrement colorés ». La descendance sera enregistrée en tant que Birmans variants jusqu'à paraître conformes à l'apparence du Sacré de Birmanie. Lorsque le croisement n'apparait plus sur le pedigree à trois générations, les chatons peuvent être enregistrés au livre complémentaire et présentés en exposition. Lorsque plus aucun Birman variant n'est visible sur le pedigree, ils sont enregistrés au livre principal.

Lors du démarrage d'un outcross, le but premier de l'éleveur devrait être l'extension du bassin génétique, ils devraient donc prévoir la façon dont les chatons produits seront utilisés en reproduction afin de conserver l'ouverture acquise. L'introduction de couleur peut être un objectif secondaire, mais les questions de santé doivent primer sur les choix de couleur.

 

Le type du Persan est évidemment différent de celui du Birman. De ce fait, les premières générations sont susceptibles d'avoir un type intermédiaire. Faire reproduire des chats dont les ancêtres ont un type différent implique une plus grande variabilité et une constance moindre concernant le type des chatons, ce qui peut durer pour deux ou trois générations.

Les éleveurs devraient sélectionner des chats aptes à contribuer en type à un programme d'outcross pour le Birman. Les Persans les plus appropriés ne sont pas forcément les meilleurs représentants de leur race, si bien que leur choix ne devrait pas se baser sur leur carrière en exposition. Un Persan à l'expresion plus « ouverte », avec un nez plus long que la moyenne, est préférable. Le développement d'une lignée outcross nécessite de s'engager à sélectionner des chatons pour leurs qualités à apporter. Les qualités et défauts de chaque chat doivent être soigneuement prises en compte avant de déterminer l'accouplement.

 

Il est recommandé d'enregistrer les chatons non destinés à l'élevage du Birman auprès du registre non actif, afin d'éviter l'introduction du gène de gantage dans d'autres races.

 

Si d'autres options d'outcross devaient être considérées pour une plus grande diversité, d'autres races soigneusement sélectionnées pourraient être approuvées par le BAC, comme le Korat blue point, le Snowshoe variant sans panachure blanche, le Ragdoll colorpoint sans panachure. Aucun chat à panachure blanche ne devrait être introduit, afin de s'assurer que les gants blancs des futures générations proviennent bien de l'allèle récessif du Birman. [...]

Certains croisements d'introduction de couleurs impliquaient des Siamois. Cependant, cela n'est désormais pas permis.[...] »

 

Il appartient à chacun de se forger un avis sur l'outcrossing, favorable ou non. Il nous a cependant semblé intéressant d'aborder son existence ainsi que l'aménagement fait par le GCCF, et de communiquer le témoignage d'une éleveuse britannique pratiquant l'outcrossing, Emma Yeoman, chatterie Purindoors. Cette dernière travaille essentiellement à l''introduction d'une nouvelle lignée de red et tortie, mais quelques autres éleveurs étrangers ont recours à l'outcrossing, sans couleur visée en particulier. Elle travaille également à l'introduction du cinnamon et du fawn dans les lignées britanniques. Voici l'un de ses articles dont je vous propose la traduction et pour lequel je la remercie de m'avoir autorisée à vous le communiquer.

 

 

L'outcrossing : késakô ?

 

 

 

 

 

Une nouvelle lignée de red, crème et tortie au Royaume-Uni

par Emma Yeoman, éleveuse sous l'affixe Purindoors

 

« Aussi étrange que cela puisse paraître pour ceux qui ne fréquentent pas le milieu félin, voici un sujet très controversé chez les éleveurs. J'ai occasionnellement des chatons birmans variants. Ils ont un pedigree GCCF et TICA. Les premières et deuxième générations ressemblent beaucoup aux Persans « ancien type », mais ont une fourrure plus facile d'entretien, et sont très câlins et ronronneurs. Nous avons exposé trois chatons, tous devenus des Regional Winners en TICA. […]

 

J'ai d'ordinaire une portée d'outcross par an seulement.

 

Johnnycake Heidi dite Bubbles est notre femelle de fondation pour ce programme d'outcross. C'est une très rigolote Persanne seal tortie point. Bubbles a été choisie avec soin pour ce programme, et ses deux parents sont attestés indemnes de PKD. J'en profite pour remercier Doug et Jo Ann d'Abate pour avoir permis à Bubbles de nous rejoindre pour notre programme. Elle vit maintenant une retraite paisible avec l'une de ses filles après avoir « fait sa part » pour la race. Le programme continue à travers les filles de Bubbles, Purindoors Peek-a-boo que j'ai gardé, et Purindoors Powderpuff chez Marcia Owen, chatterie Goldlay.

 

Avons-nous vraiment besoin de faire de l'outcross ?

Certains y sont favorables afin de réduire la consanguinité et prédisent de sombres conséquences pour les races trop consanguines. D'autres y sont pareillement totalement opposés, car cela « diluerait » le bassin génétique et changerait de façon irréversible l'apparence de la race, amenant à la perte d'un « vrai » birman.

Les persan seal tortie point sont des outcross autorisés au sein du GCCF, selon le BAC.

Pour la TICA, aucune race précise n'est désignée comme outcross possible. Après trois générations de mariage birmans x birmans, les chatons sont enregistrés en tant que tels et peuvent sortir en exposition, si ils sont conformes au standard. Ainsi, « sous » la TICA, un programme plus varié est possible, bien qu'ils sont susceptibles d'être inelligibles aux expositions GCCF s'ils sont d'une couleur non reconnue par ce dernier. La TICA reconnaît le silver tabby, le smoke, le cinnamon et le fawn contrairement au GCCF.

 

Ci-dessous, quelques arguments que j'ai pu entendre des deux « partis ».

 

 

Arguments en défaveur de l'outcross :

°  Inutile, le Sacré de Birmanie n'a pas de problème

°  Modification du look de la race

°  Il y a assez de lignées pour assurer une diversité, il suffit d'importer une autre lignée

°  D'autres races peuvent avoir des soucis, on pourrait introduire une maladie dont le Birman est indemne

°  Les éleveurs expérimentés connaissent bien leurs lignées et peuvent retirer les chats les plus faibles de la reproduction, ne gardant que    les gènes les plus sains. Des chats en bonne santé produisent des chats en bonne santé, pourquoi réparer quelque chose qui n'est pas       cassé ?

 

 

Arguments favorables à l'outcross :

Il peut se produire une « dépression consanguine » qui est scientifiquement prouvée comme responsable :

°  D'une baisse de la fertilité (qualité du sperme et taille des portées)

°  Plus haute fréquence d'anomalies génétiques

°  Symétrie faciale inconstante

°  Plus faible natalité

°  Plus haute mortalité infantile

°  Croissance plus lente

°  Gabarit adulte réduit

°  Atteinte des fonctions immunitaires

 

reference ;Griffiths, Anthony J. F.; Jeffrey H. Miller, David T. Suzuki, Richard C. Lewontin, William M. Gelbart (1999). An introduction to genetic analysis. New York: W. H. Freeman. pp. 726–727. ISBN 0-7167-3771-X

 

 

L'outcross s'est produit bien des fois dans la race, toutes les nouvelles variétés (chocolat, red, cinammon, tabby, silver/smoke) dont certaines reconnues par le GCCF y ont eu recours, et ces chats sont maintenant reconnus comme étant des Birmans. Si la fantastique histoire du « chat sacré » a une part de vérité, cela signifierait que tous les Birmans modernes descendent d'une unique portée, impliquant un grand nombre d'outcrossing, y compris avec des sans pedigrees, pour obtenir la population viable que nous avons aujourd'hui. La Seconde Guerre Mondiale n'a laissé que très peu de Birmans dans le monde : les croisements ont été vitaux pour reconstruire la race.

 

En tant que chat de race, tous les Birmans du monde remontent jusqu'à ces premiers chats, et la majorité des chats d'autres pays ont pour origine des sujets britanniques et français. Un retour d'import ne procurerait donc pas un apport suffisant pour éviter une dépression de consanguinité.

 

Certains de ces arguments sont plus ou moins convaincants en fonction de votre point de vue et de vos expériences. Je reconnais personnellement que le Birman est considérablement consanguin. Cependant, le degré d'atteinte que cela a sur la race est sujet à débat, surtout considérant que tout chat de race est, par définition, un membre d'un bassin génétique restreint permettant une apparence homogène.

 

Mon programme d'outcross vise à introduire une nouvelle lignée de red dans le bassin génétique britannique. Nous avons de superbes red, mais étant donné le faible nombre de chats utilisés pour l'introduction, il est difficile de trouver des roux non apparentés entre eux de façon proche. J'espère ainsi rendre quelque chose à la race que j'aime, et de m'assurer de mes petits-enfants et arrières-petits-enfants pourront admirer de gros et sains Birmans roux. N'hésitez pas à me contacter et à discuter de quoique ce soit que vous venez de lire. Je suis ouverte à toute preuve nouvelle, et en tant que scientifique aguerrie, il m'importe peu que la preuve contredise ou non ma conclusion actuelle. Tout a une valeur, et je me réserve le droit de changer d'avis en cas de preuve, comme le devrait toute personne juste d'esprit.  »  

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