Un Birman caramel ?

 Les goûts et les couleurs... Les couleurs les plus récentes n'ont pas encore fini de déchaîner les passions.

 Celle-ci fait débat pour des raisons différentes. C'est la question de son existence même qui ne fait pas consensus. C'est, probablement, ce qui empêche le LOOF de reconnaître le caramel en tant que couleur à part entière, non seulement chez le Sacré de Birmanie mais pour l'ensemble des races. Pour certains, la couleur est une simple variation de teinte liée à des polygènes, un "effet secondaire" visuel du silver, pour d'autres, elle correspond à un gène à part entière.

 Le caramel se définit comme une modification du niveau de dilution des robes diluées : le blue, le lilac, le fawn et crème. Le supposé gène lié est noté Dm, pour "dilute modifier". La teinte semble intermédiaire entre une couleur diluée et son équivalent solide. Le caramel porte aussi un nom différent selon la couleur sur laquelle il est basée.

Le caramel basé sur du blue, nommé indigo, donne un bleu chaud tirant sur le brun. 
Basé sur du lilac, on obtient du taupe tirant sur le miel.
Avec le fawn pour base, il en résulte un taupe plus clair qui tirerait sur le chocolat roux pâle. Le rendu théorique est mal connu chez le Birman du fait de la rareté de la couleur fawn.
Coussinets et cuir de truffe sont brun à mauve. 
Le crème modifié par Dm donne de l'abricot, d'un crème chaud rosé. La truffe et les coussinets sont roses.

Les différences de teintes sont souvent décrites comme subtiles et changeantes, "biscuitées" ou "saumonées". Un effet métallique est souvent noté, en particulier chez le tabby et le silver tabby.
 

 Il s'agirait d'un gène indépendant dont l'allèle modificateur se transmettrait sur le mode dominant, mais il ne s'exprimerait que sur un chat dont la robe est déjà diluée. Un chat "caramel" est donc d'abord un chat de couleur diluée. Ce qui ferait qu'un chat non dilué (seal, chocolat, cinnamon ou red) pourrait être porteur du gène et redonner des chatons caramel, si il est parallèlement porteur de dilution et est marié à un partenaire dilué ou également porteur de dilution. Un seul exemplaire de Dm, et donc un seul parent le possédant suffit pour faire d'un chaton dilué un chat caramel.

Alyby du Léman Bleu, "caramel" silver tabby point basé sur du bleu - Marianne Deblaere​

 Afin de mieux comprendre cette variété, nous allons reprendre son histoire du tout début, avant que nos Sacrés de Birmanie n'en fassent partie.

 Le "caramel" est connu depuis les années 1970. C'est justement avec le Persan et le Siamois, ancêtres du Sacré de Birmanie, que l'affaire commence. En 1972, Patricia Turner, éleveuse britannique de Siamois sous l'affixe Scintilla, mariait Scintilla Serene Sunset, une hybride black tortie silver shaded porteuse de colorpoint et de dilution à un red point, dans l'optique de travailler le silver et le smoke. La grand-mère de Serene, Scintasilva Sue, était issue d'un accident entre une Persane chinchilla et un Siamois chocolat point. Dès la naissance de cette première portée, puis des suivantes, certaines issues d'autres chats de la même lignée, Mrs Turner remarqua les couleurs étranges de quelques uns des chatons roux. Elle mit cette particularité sur le compte d'une simple variation de teinte de la couleur crème, jusqu'à ce que Serene ne produise également des chatonnes lilac suspectes en 1974. Elle décida que l'une d'entre elles, Scintilla Dresden Rose, devait être enregistrée sous une toute nouvelle couleur, ainsi nommée "caramel". Le GCCF, homologue britannique du LOOF, fut la première instance à reconnaître le caramel.

 À la même époque, on soupçonnait l'existence l'existence de cette même couleur chez le Burmese. On la retrouve, bien sûr, chez les races soeurs du Siamois comme l'Oriental, le Balinais et le Mandarin. Quant à d'autres lignées ayant potentiellement produit la variété, elles remonteraient elles aussi à un mariage avec des Persans shaded et chinchilla dont l'objectif premier était d'introduire le gène argent. On pense donc que la mutation est d'abord survenue dans une lignée américaine de Persans argents, exportée par la suite au Royaume-Uni et en Australie.

 Pat Turner fut ainsi créditée de l'identification du caramel en tant que nouvelle couleur. Ce serait aussi elle qui, au moyen de mariages tests, et avec l'aide des généticiens Peter Dyte et  Roy Robinson, aurait déterminé le mode de transmission du caramel auquel on se fie encore aujourd'hui. Une autre hypothèse de l'époque, depuis évidemment écartée, se basait sur une simple modification du chocolat ou du cinnamon. Selon Hetty Herntrop, célèbre ex-éleveuse de Siamois et Orientaux, le nom de "pastel" fut un temps envisagé, de même que celui de "Barrington Brown" aux USA. Elle nous apprend également que la dénomination "taupe" désignait, à l'origine, le caramel basé sur le bleu et non la variante lilac. L'erreur aurait été propagée par l'un des ouvrages de Roy Robinson.

 Le GCCF reste l'une des rares instances à reconnaître le caramel aujourd'hui, mais il est également reconnu par l'ACF (Australian Cat Fancy) en Australie et en Nouvelle-Zélande.

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FancyPawz Polar Bear, "caramel" silver tabby point basé sur du blue - Chatterie Kyat

 Chez le Sacré de Birmanie, les premiers cas, ou en tout cas les premiers cas célèbres, sont eux aussi à aller chercher du côté de chats issus de lignées argent, précisément en Nouvelle-Zélande.

 La chatterie Arodelle de Noelene Dally est à l'origine d'un programme d'introduction de l'argent à partir d'Annetta, une blue silver tabby point à poils courts aux origines inconnues. Sous l'affixe FancyPawz, qu'elle partage avec Pauline van der Hoorn et Sandy Steward de la chatterie Catzago, elle fit naitre Polar Bear, un blue silver tabby point, 5e génération du programme. Sa couleur leur parassait étrange : pas vraiment bleu, mais pas non plus lilac, ni fawn, et encore moins seal ou chocolat. En 2001, après son départ pour la chatterie Kyat, il finit par être reclassé en caramel silver tabby point par des juges.

 Le trio travailla alors  à la promotion des variétés caramel. Plusieurs autres chatons caramel seraient nés sous leur affixe durant les années 2000.

B​ahamas du Léman Bleu, "caramel" silver tabby point basé sur du lilac - Marianne Deblaere

 À partir de 2005, le caramel fit parler de lui en France et en Belgique. La chatterie belge du Léman Bleu exporta quelques chats identifiés comme caramel vers la France, dont Alyby du Léman Bleu, baptisée ainsi en hommage à la généticienne Alyse Brisson. Les pedigrees de ces chats présentent un mariage avec une Persane silver shaded en 4e génération. Marianne Deblaere, de la bien nommée chatterie du Rêve Caramel, élève à partir de ces lignées et continue de promouvoir ces robes.

 Une majorité d'éleveurs de Sacrés de Birmanie smoke et silver tabby français pensent avoir ou avoir eu des chats caramel. Du fait de l'ancienneté de la supposée introduction de Dm et de l'entremêlement des différentes lignées argents, il est difficile d'identifier très précisément la lignée d'origine de la mutation chez le Birman français.. 

 En 2013, une thèse vétérinaire présentée par Florence Bonvarlet au terme de son cursus à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort entreprit d'identifier le gène Dm, avec l'appui financier du LOOF, en vue d'une possible reconnaissance. Les pistes envisagées quant à la nature et à l'emplacement du gène Dm n'ont toutefois pas porté leurs fruits, et aucun point commun génétique n'a pu être relevé parmi les chats ayant participé à l'étude, dont des Sacrés de Birmanie. En revanche, des observations au microscope ont révélé des signes particuliers sur des poils de chats caramel comparés à des chats dilués non modifiés, ce qui concorde avec un niveau de dilution modifié. 

 La thèse ne parvint pas à valider définitivement l'existence de Dm. Le papier souligne certaines de ses propres limites telles qu'un nombre de chats étudiés inférieur à l'idéal désirable, et le fait que ces sujets avaient simplement été identifiés comme caramel par leurs propriétaires sans qu'une vérification ne soit possible. En revanche, l'hypothèse déjà connue d'un allèle dominant à expressivité variable est avancée comme la plus probable. 

 Encore aujourd'hui, le caramel est très fortement lié aux lignées argentées. La recherche, à l'heure actuelle, est peu active, ce qui n'encourage pas le LOOF à enclencher un processus de reconnaissance. Espérons qu'elle finira par nous donner le fin mot de l'histoire. Le LOOF se contente actuellement d'accepter d'enregistrer les chats caramel étrangers sous leur couleur d'origine. En attendant, prudence : même en partant du principe que le caramel existe bel et bien, attention aux diagnostics de couleur un peu trop hâtifs.

À lire ailleurs sur le web...

> Thèse de Florence Bonvarlet

Historique du Siamois caramel par Patricia Turner

Ancien site web de la chatterie Fancypawz