Historique du cinnamon et du fawn

Et voici donc, parmi les couleurs actuellement reconnues pour le Sacré de Birmanie, la plus récente.

Tout comme le chocolat, le cinnamon, au rendu brun cannelle chaud, est lié à un allèle situé sur le locus B : l'allèle bl, pour "Brown light". Pour rappel, l'allèle B correspond au noir/seal, et b au chocolat. Le cinnamon se trouve être l'allèle le plus récessif de la série, ce qui signifie que le noir/seal comme le chocolat dominent sur le cinnamon. 

L'autre point commun entre ces deux allèles est qu'ils sont tous deux le produit d'une mutation d'abord survenue au sein de races d'origines asiatiques, avec une faible occurrence chez le chat dit de maison. Le cinnamon est reconnu pour plusieurs races félines, mais est notamment connu sous le nom de "sorrel" chez l'Abyssin et le Somali. On ne s'étonnera donc pas que le Somali ait servi de race d'introduction, mais la couleur existe aussi chez le Siamois et ses cousins, que l'on retrouve encore une fois. Enfin, dans un autre registre de race, le cinnamon est plutôt populaire chez le British, qui a beaucoup gagné en visibilité ces dernières années et remplace peu à peu le Persan comme partenaire d'outcross désirable pour le Sacré de Birmanie - c'est ainsi qu'il a pu trouver sa place dans plusieurs programmes.

La combinaison de la dilution et du cinnamon donne du fawn, d'un beige rosé clair.

Premier constat : c'est la première fois depuis le chocolat et le lilac que l'on introduit une couleur qui implique de travailler avec un allèle récessif. La comparaison est tentante, d'autant que certains outils comme les tests ADN, qui n'existaient pas encore, permettent une approche différente. On peut maintenant s'autoriser à garder, sur plusieurs générations, des chats qui auront été testés comme porteurs de cinnamon, afin d'atténuer les caractéristiques de la race introduite avant de remarier des porteurs entre eux. À l'époque des programmes pour le chocolat et le lilac, les mariages entre porteurs étaient évidemment plus fréquents, puisque l'on ne pouvait pas s'assurer autrement de la conservation de l'allèle. 

On aurait donc pu s'attendre à ce que le cinnamon et le lilac se répandent un peu plus rapidement que leurs prédécesseurs. Or, le premier programme, d'origines américaines, remonte à 1996, soit il y a plus de vingt ans. Un stade auquel le chocolat avait déjà plutôt bien réussi à s'implanter dans le bassin génétique de la race.

La France possède probablement, à l'heure actuelle, le vivier de chats cinnamon et fawn le plus actif. Dès le début des années 2000, la variété est reconnue par le LOOF grâce à l'éleveur et juge Thierry Fontaine. Reste que même en France, le cinnamon reste principalement une affaire d'éleveurs d'abord spécialistes des variétés smoke et silver, et qui portaient donc déjà un intérêt aux "nouvelles couleurs". Auprès du public général des éleveurs, le cinnamon peine à percer, et l'adossement de son développement à celui du smoke et du silver - qui, eux aussi, ont leurs problématiques - ne l'aide pas forcément à émerger. La faute aussi, peut-être, à un certain conservatisme alimenté par le sentiment que la palette de couleurs est déjà suffisante. Nous verrons si la proportion croissante de chats cinnamon et fawn à faire un parcours en exposition piquera la curiosité d'autres éleveurs.

Ce retard peut également trouver une explication supplémentaire dans les origines des premiers programmes.

C'est vers le Texas, en 1996, que l'on doit se tourner pour remonter aux origines du premier programme. Ann Hoehn de la chatterie Annbirwaves, qui avait déjà contribué à la diffusion du tabby et du red aux USA, travaille à partir d'une lignée basée sur un Somali sorrel du nom de Foxykatz Tobasco Cat. La première génération issue de ce programme porte cependant l'affixe "Pashar", dont on peut supposer qu'il s'agissait soit d'un affixe collaboratif, soit d'un second affixe individuel de Mrs Hoehn. Certains Annbirwaves des années 2000 naîtront d'ailleurs sous l'affixe Birmnsrus, né de la collaboration entre trois éleveurs.

Deux mâles furent gardés : Pashar Atta Tude et Pashar At Tilla, dont les descendants furent remariés entre eux. Cette époque se situe à une sorte d'entre-deux puisque les tests ADN ne sont pas encore disponibles, impliquant de se contenter de la méthode "à l'ancienne".

Mrs Hoehn parvint à entretenir sa lignée, essentiellement en parallèle avec d'autres chats américains. Toujours au Texas, au moins un autre élevage, KaKatz, hérita de la lignée dans l'optique de continuer à produire des chats cinnamon au fil des ans. Les Annbirwaves se retrouvent également dans la généalogie de sujets issus de la chatterie texanne BumbleBe ainsi que chez Mikasu au Canada, mais le cinnamon ne semblait pas faire partie de leurs plans d'élevage. On peut dire que la lignée resta relativement isolée. 

En 2003, le programme fut enrichi d'un autre mariage de fondation, cette fois-ci par un Oriental. Mais il faudra attendre 2012 pour que des porteurs cinnamon issus de ces lignées arrivent en Europe grâce à Annbirwaves Ginger, un mâle chocolat point, et Gloria, une seal point, importés par Jean-Luc Odeyer de la chatterie du Sacré Roi, spécialisé dans le smoke et le silver tabby.

Chaton cinnamon point de la chatterie Annbirwaves

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, on s'intéresse aussi au cinnamon. En 1997, en Nouvelle-Zélande, June Mateers de la chatterie Rakesha, déjà connue pour un précédent programme pour le chocolat, utilise Noblenook Hershey, un Oriental cinnamon tabby. La lignée sera travaillée avec un autre nom précédemment connu pour le chocolat, Julie Simpson (Xamela).

Rakesha Golden Girl, femelle fawn point à poils courts

 

Si Mrs Hoehn ne s'était pas longtemps embarrassée du poil court introduit par sa seconde lignée, June Mateers essaiera de fixer la caractéristique en faisant reconnaître localement le Templecat, une variété à poil court du Sacré de Birmanie. Assez peu prolifique, au fil des ans, le programme ne compte aujourd'hui que très peu de descendants toujours porteurs de cinnamon et ne s'est pas a priori pas exporté. En Nouvelle-Zélande, Kasario Birmans possède toujours des porteurs cinnamon, y compris des Templecats.

Le premier programme français remonte au début des années 2000. Le juge Thierry Fontaine (des Banh Hoi de Myanmar, puis Acchinoam) amateur de Birmans, mais aussi de Somalis, introduit Mambo d'Aksoum, un Somali sorrel. Ses lignées de Sacrés de Birmanie comprenaient notamment des chats de Saya San et de l'Amanita Muscaria. Malheureusement, une catastrophe naturelle conduisit ce programme alors encore jeune à l'extinction.

Mais d'autres en Europe se lancent dans l'aventure. En 2005, deux éleveuses allemandes de longue date, Claudia Ricken (De Mon Coeur, aujourd'hui décédée) et Johannes Bohusch (of Irrawadi Nimh) s'associent sous le nom de RiBo's, un affixe entièrement dédié au développement du cinnamon. Pour ce faire, elles croiseront leurs Birmans à trois Balinais cinnamon point : Bel Schazar's Adonis, un mâle, ainsi que deux femelles, Cassiopea et Pénélope von der Rumpelshorst. Une approche qui permit de limiter la consanguinité lors du remariage des porteurs entre eux, mais qui induit aujourd'hui encore une forte persistance du type morphologique du Balinais.  

 

 

 

Aujourd'hui encore, l'Allemagne voit naitre des porteurs de cinnamon qu'elle doit à ce programme, lequel s'exporta en France rapidement. En 2006, Jean-Luc Odeyer importe Ribo's Rosa Majalis, une cinnamon tortie point, et débute son propre programme dans la foulée, avec une nouvelle race.

Ribo's Aragorn, mâle fawn tabby point de 2e génération

La seconde moitié des années 2000 marque un tournant en ceci qu'elle annonce le recours à des chats d'un autre type morphologique. Les programmes précédents s'appuyaient sur des chats foreign (le Somali) et orientaux (Siamois et apparentés), mais l'on se tourne désormais plus volontiers vers le British, un chat certes cobby et donc plus court que le Sacré de Birmanie, mais avec une ossature et une musculature plus fortes, un type plus dans les arrondis que les races jusqu'ici introduites.

Chaque race pose évidemment toujours son lot d'inconvénients, sous des formes différentes : colorpoint possible ou non, qualité et longueur de fourrure, couleur des yeux, type général... Et, avec, dans tous les cas, les gants à récupérer.

En 2008, Jean-Luc Odeyer introduit Babayaga du Chêne Landry, une British Shorthair fawn point. De façon similaire à Rakesha, il cherchera à conserver en parallèle le poil court. 

Dolce Gabana du Sacré Roi, femelle blue point porteuse de cinnamon à poils courts (1ere génération)

À la même époque, un autre élevage allemand entre en scène, avec une introduction un peu plus particulière. L'élevage von der Milschstrasse a recourt à Anna of Moorland Fairy une Sibérienne Neva Masquerade fawn torbie point, elle-même issue d'une précédente - et alors controversée - via un Somali, contournant en partie les problèmes de morphologie qu'auraient posé une introduction directe par un Somali. La lignée entre en France par l'intermédiaire des élevages du Rêve Caramel et du Sacré Roi.

Avec la convergence des lignées Annbirwaves, RiBo's, Milschstrasse et Sacré Roi, les chats cinnamon et fawn gagnent en visibilité en France, et de là intéressent notamment d'autres éleveurs de smoke et silver tabby qui les incorporèrent dans leurs plans d'élevage.

Preuve qu'une telle entreprise n'est pas forcément de tout repos, deux autres élevages tentèrent leur chance sans succès au cours des années 2010. Un programme déposé en France en 2010, basé sur des British Longhair, ne donna ainsi naissance à aucun chaton, tandis qu'au Royaume-Uni la chatterie Purindoors d'Emma Yeoman vit l'arrêt de sa lignée issue d'un British Shorthair à la troisième génération.

En 2014, Marianne Deblaere, affixe du Rêve Caramel, dépose avec succès son propre programme, actuellement toujours actif.

 

Purindoors Secret Cinna, mâle chocolat point porteur de cinnamon (3e génération)

Sur l'ensemble de l'effectif des éleveurs de Sacrés de Birmanie, reste que la proportion capable de produire des chats cinnamon et fawn est toujours faible. Il est pour l'heure difficile d'estimer si oui ou non ces couleurs s'implanteront comme le chocolat et le lilac ont pu le faire, mais on ne peut que l'espérer !

Paloma.C

À voir ailleurs sur le web...

-> Récit d'élevage par la chatterie du Sacré Roi

Calimero von der Milschstrasse,  mâle cinnamon point appartenant à Marianne Deblaere

Marquise Fawn des Clayes d'Eden, femelle fawn point appartenant à Eva Boselli

Mona Lisa du Sacré Roi, femelle cinnamon smoke point appartenant à Jean-Luc Odeyer

N'Aimi Canella, femelle cinnamon silver tabby point appartenant à Eva Boselli

Header base photo by tessa.lv

En mémoire d'Albafeles Xrysos et Elsibelle du Dragon de Jade

 

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