L'outcrossing - II. Le cas anglais

 Le Governing Council of the Cat Fancy, le principal livre d'origine britannique, et homologue du LOOF français de par ses fonctions, a pris des dispositions facilitant les démarches des éleveurs candidats à l'établissement de nouvelles lignées outcross. Le Persan est en effet reconnu par le GCCF en tant que partenaire de croisement pour le Sacré de Birmanie.

 

 Selon la « politique d'enregistrement du GCCF » (registration policy) parue sur son site officiel et en vigueur depuis fin 2008, les Persans des couleurs suivantes sont autorisés à être mariés à des Sacrés de Birmanie dans le cadre d'un programme d'outcross : chocolat, lilac, red, crème, black tortie, blue tortie, brown tabby, blue tabby , ainsi que leurs équivalents colorpoint. Les autres variétés ne sont pas admises. Les chatons issus de ces mariages sont enregistrés en tant que « Birmans variants ». Quatre générations après le croisement, la descendance peut être enregistrée au sein du livre principal en tant que Sacré de Birmanie.

 En dépit de ces dispositions, l'engouement n'est visiblement pas au rendez-vous. Tout comme la Suède a supplanté la Grande-Bretagne dans le paysage international, elle se laisse plus volontiers tenter par l'outcross... et par son exportation. Il faut dire que le Sacré de Birmanie britannique est en réalité en déclin. Outre un désintéressement quasi-total de la communauté internationale, qui a pourtant autrefois largement puisé ses sources dans le bassin anglais, la natalité du Sacré du Birmanie a considérablement chuté depuis la fin des années 1990. En 1997, le chiffre anglais était comparable à celui atteint par le LOOF en 2003, avec 2216 naissances déclarées au GCCF. En 2009, seuls 1934 Sacrés de Birmanie britanniques naquirent. Ils n'étaient plus que 472 en 2020. Cette baisse exponentielle, déjà bien entamée au moment où il fut décidé d'autoriser plus largement les croisements, explique en partie pourquoi une instance aujourd'hui plutôt conservatrice a pu faire une telle concession.

 La politique d'enregistrement du GCCF a pour supplément ce qu'on appelle la « charte d'élevage » (breeding policy). Celle-ci est rédigée par le Breed Advisory Committee (BAC), que nous avions évoqué dans l'article concernant le Sacré de Birmanie en Grande-Bretagne. Pour rappel, le BAC de chaque race a pour principale fonction d'aiguiller le GCCF en matière de standard et de formation des juges. Le BAC dédié au Sacré de Birmanie est constitué des représentants de quatre clubs différents. En écho à la registration policy, la breeding policy précise les conditions de mise en oeuvre d'un programme. En voici un extrait traduit.

 

« Bassin génétique du Sacré de Birmanie – Extrait des pages 6 et 7 de la breeding policy du GCCF

 L'ascendance du chat de race : évaluation génétique des races et des populations à reproduction non contrôlée, une étude menée par Lipinski et al. a analysé plusieurs races félines afin d'en déterminer la diversité génétique. Le Birman a une diversité génétique en-dessous de la moyenne, et un taux de consanguinité plus haut que la moyenne. L'hétérozygotie du Sacré de Birmanie est de 0,42, comparé à une moyenne toutes races confondues de 0,58. Sa diversité allélique moyenne est de 2,31, contre une moyenne de 2,74 toutes races confondues.

 Le bassin génétique a été confronté à plusieurs goulots d'étranglement, et l'on a chaque fois recouru aux croisements afin de reconstruire la race. […]

 Bien que le bassin génétique du Birman demeure plus faible que l'idéal désirable, des mesures sont prises afin de le protéger d'une érosion génétique, autorisant un apport de sang neuf au besoin. Le bassin génétique n'est ainsi pas fermé et l'outcrossing est permis. Cela préservera et renforcera la santé du Birman.

[...]

 

Outcrossing – Extrait des pages 13 et 14

 Tout Persan retenu pour un programme d'outcross devrait détenir un certificat médical émis par un professionnel habilité montrant que l'animal est indemne de PKD, soit après ses 10 mois, soit auparavant à l'issue de tests ADN.

 Les Persans colorpoint présentent l'avantage de ne produire que des chatons colorpoint lorsque mariés à des Sacrés de Birmanie, contrairement aux chats entièrement colorés. La descendance sera enregistrée en tant que Birmans variants jusqu'à ce qu'elle ne devienne visuellement conforme à l'apparence du Sacré de Birmanie. Lorsque le croisement n'apparait plus sur le pedigree à trois générations, les chatons peuvent être enregistrés au livre complémentaire et présentés en exposition. Lorsque plus aucun Birman variant n'est visible sur le pedigree, ils sont portés au livre principal.

 Lors de l'établissement d'un outcross, le but premier de l'éleveur devrait être d'agrandir le bassin génétique, il devrait donc anticiper dans quelle mesure les chatons produits seront sollicités dans le circuit de reproduction, afin de préserver l'ouverture atteinte. L'introduction de couleurs peut être un objectif secondaire, mais les questions de santé doivent primer sur les préférences de robe.

 

 Le type du Persan est évidemment différent de celui du Birman. De ce fait, les premières générations sont susceptibles d'avoir un type intermédiaire. Accoupler des chats dont les ancêtres ont un type différent implique des résultats d'une plus grande hétérogénéité et d'une constance moindre, ce qui peut persister le temps de deux ou trois générations.

 Les éleveurs devraient sélectionner des chats aptes à contribuer en type à un programme d'outcross pour le Birman. Les Persans les plus appropriés ne sont pas forcément les meilleurs représentants de leur race, si bien que leur choix ne devrait pas se baser sur leur carrière en exposition. Un Persan à l'expression plus « ouverte », avec un nez plus long que la moyenne, est préférable. Le développement d'une lignée outcross nécessite de s'engager à sélectionner des chatons pour les qualités qu'ils peuvent transmettre. Les qualités et défauts de chaque chat doivent être soigneusement évalués avant de décider d'un accouplement.

 

 Il est recommandé d'enregistrer les chatons non destinés à la reproduction auprès du registre non actif, afin d'éviter l'introduction du gène du gantage dans d'autres races.

 Si d'autres options d'outcross devaient être considérées afin d'offrir plus grande diversité, d'autres races soigneusement sélectionnées pourraient être approuvées par le BAC, comme le Korat blue point, le Snowshoe variant sans panachure blanche, le Ragdoll colorpoint sans panachure. Aucun chat à panachure blanche ne devrait être introduit, afin de s'assurer que les gants blancs des futures générations proviennent bien de l'allèle récessif du Birman. [...]

 Certains programmes d'introduction de couleurs ont recouru à des Siamois. Cependant, cela n'est actuellement pas permis.[...] »

 

 En complément de ces documents, nous vous communiquons le témoignage d'une éleveuse britannique pratiquant l'outcross, Emma Yeoman, chatterie Purindoors. Cette dernière travailla essentiellement, à partir de 2008, à l''introduction d'une nouvelle lignée de red et tortie. Elle s'attella également à l'introduction du cinnamon et du fawn dans les lignées britanniques.  Depuis, Emma Yeoman a tiré sa révérence. Sa lignée de cinnamons n'a pas pu être préservée.

 Voici l'un de ses articles, traduit depuis l'Anglais.

 

 

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Une nouvelle lignée de red, crème et tortie au Royaume-Uni

par Emma Yeoman, éleveuse sous l'affixe Purindoors

 

« Aussi étrange que cela puisse paraître pour ceux qui ne fréquentent pas le milieu félin, voici un sujet très controversé dans le monde de l'élevage. J'ai occasionnellement des chatons birmans variants. Ils ont un pedigree GCCF et TICA. Les première et deuxième générations ressemblent beaucoup aux Persans « ancien type », mais ont une fourrure plus facile d'entretien, et sont très câlins et ronronneurs. Nous avons exposé trois chatons, tous devenus des Regional Winners en TICA. […]

 

J'ai d'ordinaire une portée d'outcross par an seulement.

 

Johnnycake Heidi dite Bubbles est notre femelle de fondation pour ce programme d'outcross. C'est une Persanne seal tortie point très amusante. Bubbles a été choisie avec soin pour ce programme, et ses deux parents sont attestés indemnes de PKD. J'en profite pour remercier Doug et Jo Ann d'Abate d'avoir permis à Bubbles de nous rejoindre pour notre programme. Elle vit maintenant une retraite paisible avec l'une de ses filles, après avoir œuvré pour la race. Le programme continue à travers les filles de Bubbles, Purindoors Peek-a-boo que j'ai gardée, et Purindoors Powderpuff chez Marcia Owen, chatterie Goldlay.

 

Avons-nous vraiment besoin de faire de l'outcross ?

Certains y sont favorables afin de réduire la consanguinité et prédisent de sombres conséquences pour les races trop consanguines. D'autres s'y opposent totalement, car cela « diluerait » le bassin génétique et changerait de façon irréversible l'apparence de la race, amenant à la perte de ce qui fait un « vrai » birman.

Les Persans seal tortie point sont des outcross autorisés par le GCCF, comme approuvé par le BAC.

Pour la TICA, aucune race précise n'est désignée comme outcross possible. Après trois générations de mariage birmans x birmans, les chatons sont enregistrés en tant que tels et peuvent sortir en exposition, si ils sont conformes au standard. Ainsi, sous l'égide de la TICA, les possibilités sont différentes, bien que les chatons risquent d'être l'inégibilité aux expositions GCCF s'ils sont d'une couleur non reconnue par ce dernier. La TICA reconnaît le silver tabby, le smoke, le cinnamon et le fawn contrairement au GCCF.

 

Ci-dessous, quelques arguments que j'ai pu entendre des deux  partis.

 

 

Arguments en défaveur de l'outcross :

°  Inutile, le Sacré de Birmanie n'a pas de problème

°  Altération de l'apparence générale de la race

°  Il y a assez de lignées pour assurer une diversité, il suffit d'importer une autre lignée

°  D'autres races peuvent avoir des soucis, on pourrait introduire une maladie dont le Birman est indemne

°  Les éleveurs expérimentés connaissent bien leurs lignées et peuvent retirer les chats les plus faibles de la reproduction, et ne garder que  les gènes les plus sains. Des chats en bonne santé engendrent des chats en bonne santé, pourquoi réparer quelque chose qui n'est pas  cassé ?

 

 

Arguments favorables à l'outcross :

Il peut se produire une « dépression de consanguinité » qui est scientifiquement prouvée comme responsable :

°  D'une baisse de la fertilité (qualité du sperme et taille des portées)

°  Plus haute fréquence d'anomalies génétiques

°  Symétrie faciale inconstante

°  Plus faible natalité

°  Plus haute mortalité infantile

°  Croissance plus lente

°  Gabarit adulte réduit

°  Atteinte des fonctions immunitaires

 

reference ;Griffiths, Anthony J. F.; Jeffrey H. Miller, David T. Suzuki, Richard C. Lewontin, William M. Gelbart (1999). An introduction to genetic analysis. New York: W. H. Freeman. pp. 726–727. ISBN 0-7167-3771-X

 

 

L'outcross s'est produit bien des fois dans la race, toutes les nouvelles variétés (chocolat, red, cinammon, tabby, silver/smoke) dont certaines reconnues par le GCCF y ont eu recours, et ces chats sont maintenant reconnus comme Birmans. Si la fantastique histoire du « chat sacré » a une part de vérité, cela signifierait que tous les Birmans modernes descendent d'une unique portée, avec à la clé  un grand nombre d'outcrossing, y compris avec des sans pedigrees, pour obtenir la population viable que nous avons aujourd'hui. La Seconde Guerre Mondiale n'a laissé que très peu de Birmans dans le monde : les croisements ont été vitaux pour reconstruire la race.

 

En tant que chats de race, tous les Sacrés de Birmanie du monde descendent de ces premiers chats, et la majorité des chats étrangers ont pour origine des sujets britanniques et français. Un retour d'import ne procurerait donc pas un apport suffisant pour éviter une dépression de consanguinité.

 

Certains de ces arguments sont plus ou moins convaincants selon votre point de vue et votre expérience. Je reconnais personnellement que le Birman est considérablement consanguin. Cependant, l'ampleur de l'impact que cela a sur la race est sujet à débat, surtout considérant que tout chat de race est, par définition, membre d'un bassin génétique restreint permettant une apparence homogène.

 

Mon programme d'outcross vise à introduire une nouvelle lignée de red dans le bassin génétique britannique. Nous avons de superbes red, mais étant donné le faible nombre de chats utilisés pour l'introduction, il est difficile de trouver des roux qui ne soient pas de proches parents. J'espère ainsi rendre quelque chose à la race que j'aime, et de m'assurer de mes petits-enfants et arrières-petits-enfants pourront admirer de gros et sains Birmans roux. N'hésitez pas à me contacter et à revenir sur quoique ce soit parmi ce que vous venez de lire. Je suis ouverte à toute preuve nouvelle, et en tant que scientifique aguerrie, il m'importe peu que la preuve contredise ou non ma conclusion actuelle. Tout a une valeur, et je me réserve le droit de changer d'avis en cas de preuve, comme le devrait toute personne juste d'esprit.  »